L'heure de la retraite
venue après une carrière de journaliste, l'envie m'a pris sans doute par nostalgie, de laisser un témoignage sur cette année qui fut celle de mes vingt ans. Non pas un témoignage de plus sur les
évènements de Mai (encore que j'y étais sur les barricades, un chapitre leur est consacré dans ce livre), mais après avoir lu "Sur la route" je me suis mis à rêver de
cottoyer ce monde des beatniks décrit par Jack Kerouac.
Moi aussi j'ai rêvé de nuits à la belle étoile, de pouce tendu au bord des routes, de sac à dos, de rencontres dans tous les pays du monde. Au cours de cette année 68 j'ai sillonné une bonne partie des routes d'Europe, et surtout j'ai découvert et dégusté cette ville fabuleuse qu'est Istanbul. La Route c'était aussi des rencontres fugaces avec les filles de partout, des rencontres qui parfois, beatnik ou pas, se transformaient en histoires d'amour.
"Avoir vingt ans en 68" est édité en ligne sur le site "je livre mon histoire.com". Vous pouvez y lire gratuitement un très large extrait (53 pages). Si cette lecture vous séduit et que vous souhaitez lire la totalité de mes aventures de routard soixante-huitard il vous suffira de suivre les indications du site pour vous procurer l'ensemble de l'ouvrage. En espérant que vous prendrez autant de plaisir à lire "Avoir vingt ans en 68" que j'ai eu à l'écrire.
Extrait du chapitre "Premières révoltes"
Dan en 1968
« Un peu partout je vois ainsi des groupes de cinq ou six
hommes en uniformes cogner de toutes leurs forces sur des formes recroquevillées au sol. Je suis écœuré, au bord de la nausée. Mes deux pellicules sont terminées depuis longtemps, soixante douze
vues en même pas cinq minutes, eh oui, tout ça s’est passé en même pas cinq minutes. Je n’ai pas la force de recharger mes appareils, je tremble trop. La bouche ouverte, les yeux écarquillés, le
cœur battant la chamade, je ne suis plus un photographe mais simplement un être humain malade de tant de violence inutile. Je regarde les bras ballants des hommes en brutaliser d’autres,
sauvagement, bestialement. Quand des années plus tard je raconterai cette scène de la vie parisienne, on pourra me rétorquer n’importe quoi, me dire que c’est le fruit de mon imagination, que ma
mémoire me joue des tours, que je me passe un film que j’ai inventé, ou que j’exagère un peu plus au fil des ans…mais non, j’ai bien vu que ces hommes en uniformes prenaient leur pied à frapper
ainsi des jeunes gens, garçons ou filles, parfois des gosses qui pouvaient avoir l’age des leurs, je les voyais baver de plaisir, je les entendais gueuler leur joie. Et ils rigolaient, les
salauds, quand l’un de ces jeunes gens se mettait à pleurer, leur insulte préférée c’était « Sale pédé ». Et qu’il s’en trouve un seul, de ces guerriers de la rue Gay Lussac, à oser
venir me dire en face que ma mémoire défaille, que ce jour-là ils n’ont fait que du service d’ordre, qu’il s’en trouve un seul à venir me parler de devoir accomplit. Je peux garantir qu’après
notre petite conversation c’est lui qui ira pleurer de honte dans les toilettes. En venant à Paris vivre ces événements je m’attendais à une sorte de grande fête populaire, des manifs, quelques
bousculades bon enfant avec les forces de l’ordre, mais certainement pas à un tel jeu de massacre, pas à une telle boucherie. J’ai honte d’appartenir à la même armée que ces types qui démolissent
ainsi sans scrupule des filles et des gosses. »
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